Interview with Damien Javelle [3X3]

Une série dont vous seriez le héros, dans laquelle vous influenceriez la construction narrative à travers  jeu vidéo, applications smartphone et réseau social dédiés : c’est ce qui est dans les cartons de Conviction Prod. L’occasion d’ interroger Damien Javelle, architecte du projet.

RZ: Comment a germé l’idée de ce projet titanesque ?

DJ: En 2003, je faisais pas mal d’ allers-retours à l’hôpital… et quand j’en sortais le soir, je regardais Paris d’une manière nouvelle. Paris m’apparaissait comme une ville mystérieuse. Paris me faisait penser à un musée vivant. J’ai alors imaginé l’histoire de Mathieu qui serait prisonnier d’un Paris post an 2000…

RZ: Pourriez-vous préciser ce qu’est le transmédia pour les non-initiés ? Existe-t-il un précédent en France ou ailleurs ?

DJ: Le transmédia, c’est la volonté de raconter une histoire globale sur plusieurs supports à partir d’un univers riche . Chaque support se doit d’exister indépendamment des autres, l’auteur doit créer des ponts entre les supports, jeux vidéo, cinéma, animation dans l’exemple de 3X3, afin de renforcer le récit et de proposer une histoire globale.
C’est un genre en pleine expansion, mais qui n’a pas encore de modèle en France. A l’étranger vous avez le modèle Assassin Creed qui en plus du jeu propose des court métrages, de l’animation et des mini jeux. Bientôt le long métrage. Le but du transmédia est de faire participer le public à l’histoire afin qu’il génère lui aussi du contenu.

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RZ: Intéressant… L’ interaction est la clé ; particulièrement avec l’importance croissante que prennent les réseaux sociaux, où chacun veut apporter « sa pierre à l’édifice » ! Etait-ce déjà un paramètre que vous aviez intégré en 2003 alors même que le réseaux sociaux n’étaient qu’à leur balbutiement ?

DJ: Non à la base je n’imaginais 3X3 que comme un long métrage, tout en étant conscient qu’internet allait changer nos usages, avec l’apparition de myspace notamment . Par la suite avec l’explosion des facebook et twitter je me suis dit qu’ abordant le thème universel de la quête de soi, il ne serait pas incongru de concevoir une plateforme dédiée où les utilisateurs pourraient interagir.

RZ: Quel est votre parcours en tant qu’ « artiste » ? Votre « background » cinéma semble indéniable ! Je ne peux pas croire qu’un tel projet sorte de nulle part ; quelles sont vos influences ?

DJ: J’ai commencé le théâtre quand j’avais 9 ans tout en regardant beaucoup de films à la maison. J’avais le droit à  beaucoup de muets (je pense à Charlie Chaplin avec le Kid ou Les Lumières de la Ville) noir et blanc, ainsi que des films du néo réalisme italien (je pense à Comencini ou Vittorio De Sica).
Ensuite il y a eu ce moment particulier quand ma mère m’ a emmené voir le Dernier des Mohicans. J’ai découvert Michael Mann et Daniel Day Lewis, j’en suis ressorti bouleversé.
En écumant les livres sur l’Histoire du Cinéma, je suis passé de film en film mattant tout ce qui me passait sous la main. Je suis tombé amoureux du cinéma de Terrence Malick avec La Ligne Rouge, de Terry Gilliam avec Le Baron de Münchhausen, de Scorsese avec Casino, La Dernière Tentation du Christ ou La Valse des pantins, de Milos Forman qui pour moi reste le dernier grand cinéaste classique.
Mon passage au Théâtre du Soleil avec Ariane Mnouchkine m’a également beaucoup marqué. J’avais 14 ans. Je faisais un peu de tout : la cuisine, le repassage des costumes, la plonge, l’échauffement avec les comédiens, mais surtout j’ai vu des gens dédier leur vie à la création sous la houlette d’une dame fascinante qui ne faisait aucun compromis.
J’ai continué ma formation d’acteur pendant près de 12 ans… jusqu’aux Cours Florent où je n’ai jamais vraiment pu faire ce que j’aimais ; mais cela aura eu le mérite de me confronter à la réalité du métier…
J’ai aussi écrit deux pièces de théâtre que j’ai mis en scène. Je me suis mis à regarder beaucoup de Murnau, du Eisenstein, du Fritz Lang qui ont inventé la grammaire du cinéma actuel…
J’ai eu envie de faire un film rendant hommage au cinéma muet tout en parlant de la condition de l’acteur, c’est ainsi que j’ai réalisé « Méphisto » tout en y interprétant le rôle principal.

RZ: Super intéressant, j’y vois une grande cohérence avec l’ensemble du projet ici présenté !

DJ: Un autre film a été important dans toute cette construction : Le Prestige. Christopher Nolan montre le travail de l’ombre de l’homme de scène, le danger du faire savoir sur la création néanmoins indispensable pour qu’une oeuvre trouve écho et soit dans une réalité économique car le cinéma est une industrie. D’où la maturation si longue de 3X3 pour trouver le bon compromis entre histoire forte mise en scène de façon artistique et cinématographique, et possibilité de toucher une large audience.

RZ: De grands noms du cinéma figurent parmi les plus de 200 bénévoles qui ont cru en ce projet, comment vous y êtes-vous pris ?

DJ: Un effet boule de neige car l’histoire a parlé à tout le monde. Le partage d’une même vision du cinéma aussi a largement contribué à fédérer des grands noms comme Georges Corraface qui a tourné avec Marlon Brando, John Carpenter…

RZ: Quels sont vos derniers freins alors finalement ?

DJ: Nous sommes une boite de production nouvelle sur le marché, et sur un marché qui cherche sa référence.
Dans un premier temps nous avons rencontré des boites de production bien installées, sollicité humblement leurs conseils nous qui démarrons dans la production, mais c’est un secret de Polichinelle de dire que c’est un univers impitoyable. On en a vu des belles… Le transmédia est le moyen de narration de demain sur lequel toutes les chaînes planchent actuellement…
Le système d’aide à la production cinématographique est noyauté de l’ intérieur, ainsi nous avons pu croiser des concurrents directs dans la commission décisionnaire, constatant qu’ils étaient à la fois juge et partie.
On nous a refusé une aide qui selon l’ expertise de grandes figures du transmédia nous tendait les bras.
Nous sommes tout de même en contact avec des chaînes et autres co-productions qui aiment le projet. Mais le Crowdfunding est une étape décisive. Fédérer une communauté prête à investir du temps et de l’argent sur ce projet, lever des fonds via une campagne web comme Ulule nous donnerait davantage de force ! Chaque soutien compte !

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